The other - L'autre

L’autre. Qu’est-ce que ce mot signifie pour nous? Qui est « l’autre » ? Intrigué, j’ai instinctivement souhaité découvrir cet « autre » dans le cadre de ma nouvelle création. Voici comment elle a débuté.

Juillet 2016: je me rends à Beyrouth, capitale du Liban, terre d’une partie de mon enfance. Un couple d’amis m’avait invité à leur mariage. La célébration se déroulerait sur les hauteurs du Mont-Liban, dans les jardins féériques du Mzaar. Je quittais donc le vacarme, les problèmes et la surpopulation de la capitale libanaise pour cet îlot paradisiaque. Le temps de ce joyeux événement, j’oubliais qu’à quelques kilomètres de ce refuge, de l’autre côté de la frontière, « l’autre » était témoin d’innombrables atrocités.

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La population libanaise est composée d’un quart de réfugiés. Un million de personnes. Cet « autre » peuple les camps, ou habite dans la rue, sur les trottoirs. Aussi consternant que cela puisse paraître, je contemple le spectacle saisissant de la guerre: l’autre fuit le terrain du conflit pour tenter d’échapper à l’horreur. Ces camps et ces trottoirs sont tout à coup le symbole d’une certaine sécurité pour des familles entières ou endeuillées, des veuves. Et des enfants. C’est à cet instant que je décide d’approcher cet « autre » en particulier: les enfants réfugiés.

Il faut que j’agisse. Tout de suite. Comme une urgence, une création évidente et nécessaire, voire existentielle. En moins de 48 heures, je monte une équipe de tournage. Soha Ghandour est une fille que j’avais connue lorsque j’avais 8 ans; nous allions ensemble au Collège Protestant de Beyrouth. Les chemins de ces deux enfants se sont à nouveau croisés presque vingt ans plus tard, cette fois-ci pour tourner leur regard sur les enfants d’aujourd’hui. Soha prit le rôle de coordinatrice-interprète durant ce projet. Cette fois, aucun storyboard: il faut saisir ce souffle de vie comme nous l’observons par nos yeux. La caméra à la main, l’image est captée dans une dynamique documentaire. L’essentiel du travail et de la réflexion se fera en postproduction.

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Ras Beyrouth, le jour-même: Soha et moi partons dans ces ruelles qui ont une toute autre allure que lors de notre enfance. « L’autre » se fait étonnamment discret: il a déserté les rues. Généralement, j’apprends qu’il mendie ou vend tout ce qu’il peut trouver (des chewing-gums, des fleurs ou des mouchoirs); qu’il fait très souvent partie d’organisations opaques. Des questions fusent dans mon esprit: certains de ces enfants sont-ils livrés à eux-mêmes?, sont-ils encore avec leur mère? Je me rends compte que je les vois très rarement accompagnés de leur père. Sont-ils de ceux qui ont trouvé la mort de l’autre côté de la frontière? Font-ils partie de ceux qui sont morts parce qu’ils croyaient furieusement à leur liberté d’expression?

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Rue Hamra, un quartier commerçant, le jour suivant: je donne 5 dollars à la première fille que nous rencontrons. « L’autre » a un nom. Ils ont tous un nom. Elle s’appelle Aya. Elle a 8 ans. Quinze minutes plus tard, nous nous retrouvons entourés d’une dizaine d’autres enfants. Ils se sont passés le mot. Chacun leur tour, nous leur demandons de dessiner ou d’écrire quelque chose – j’avais acheté un tableau blanc et des markers la veille afin que l’approche entre eux et nous se fasse plus naturellement. « L’autre » a parfois le choix, parfois il dessine par obligation: certains d’entre eux sont illettrés. Un seul mot résonne alors: éducation.

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J’entendais encore les échos de ce mot: il fallait que j’approfondisse la question. Malgré d’extraordinaires efforts du gouvernement et de plusieurs ONG, les chiffres sont stupéfiants: plus de 200’000 enfants réfugiés syriens au Liban n’ont pas accès à l’éducation. Je réalise que « l’autre » vit dans un monde à mille lieues de celui dans lequel j’ai grandi. Pourtant, cet « autre » n’est en rien différent de moi, de nous, de vous. Nous vivons ensemble, sur la même Terre, et désirons tous la même chose: l’amour et la sérénité. « L’autre » est aussi important que n’importe qui d’autre. « L’autre » devrait avoir la même chance que celle dont j’ai bénéficié.

Lors du tournage, pendant que je tentais de mieux connaître cet « autre », je suis tombé sur l’enseigne de ce restaurant. Une évidence, comme cette quête dans laquelle je m’étais lancé: le titre de ma composition portera ce même nom. « L’autre ».

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Août 2016, en Suisse: si le rapprochement de « l’autre » était nécessaire, la suite de la création a naturellement conservé une forte empreinte multiculturelle. Je commence le montage avec un jeune étudiant réalisateur d’une autre culture et d’un autre continent: José Manuel Garcia. Il vient de Cuba et fait un échange à l’ECAL (Lausanne).  Sa copine, Manon Richard, prend le rôle de consultante externe. José doit malheureusement repartir pour la Havane. Pour des raisons pratiques, je décide alors de finir le montage et l’étalonnage avec Edouard Lichtenauer, réalisateur et caméraman français habitant à Lausanne.  Conservez ces noms en mémoire, de futurs projets se feront avec ces personnes talentueuses.

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Novembre 2016, Beyrouth: je sens que mon cœur est pris dans ce projet. Il est essentiel que cette création puisse être une réponse à la misère que j’ai observée dans ces rues de la capitale. Je décide d’y retourner. Par le biais de certains proches, je rencontre les représentants de Connect Children Now/Defence Children International: une ONG qui fournit de précieux efforts pour que l’éducation soit également accessible à ces enfants réfugiés. Mon idée est simple: d’entente avec cette ONG, 90% des revenus tirés du titre « L’autre » leur seront reversés.

Il faut faire plus. C’est nécessaire de réduire les différences entre « l’autre » et nous. Une campagne de levée de fonds (crowdfunding) se profile sur deux sites internet. Elle débutera en février. L’une d’entre elle touchera le continent américain, l’autre le vieux continent.

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De plus, en mars prochain, un événement caritatif verra le jour avec un comité étudiant SSR (Social Student Responsibility) à l’école hôtelière de Lausanne. Il s’agira de présenter le clip en avant-première; des intervenants externes seront également de la partie pour animer le tout. Les fonds réunis seront reversés à l’ONG Connect Children Now/Defence Children international. Si nous arrivons à lever assez de fonds, une petite équipe partira en été prochain apporter une aide de terrain à cette ONG.

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Fin-mars début-avril 2017: je retournerai à Beyrouth. Mon souhait? Retrouver Aya. Le personnage principal du clip vidéo. Lui proposer de retrouver un banc d’école sera ma motivation première. Je m’engage à être son sponsor. Si je ne la retrouve pas, ca sera un autre enfant.

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Rejoignez-moi dans cette aventure, suivez sa progression. Ne les oublions pas!

Remerciements « L’autre »

Equipe de tournage Ghandour S., Issa T.,  Hoster J., Reslan S. Cast Ahmed, Ali, Aya, Aysar, Ibrahim, Mohamed, Raha, Yamen, Hoster J., Ghandour S. Designer graphique Shcherba K., Lichtenauer E.Consultants Falda C., Goren D., Itani F., Jacazio J., Richard M. Piano interpret Froshhammer J. Ingénieur du son Abdulla W., Pittet F.